Avec en France, près de 58 % des 12-17 ans* qui déclarent aller sur les réseaux sociaux tous les jours, force est de constater que l’utilisation de TikTok, Insta, SnapChat et compagnie s’impose comme une composante centrale du quotidien des adolescents. Pour le meilleur ou… pour le pire ?  

Quand il est question de réseaux sociaux, l’on évoque parfois la socialisation ou la construction identitaire… Seulement voilà, plus de 15 ans après l’avènement de ces plateformes pour la plus ancienne d’entre elles (Insta) et 10 ans pour la dernière née (TikTok), il est temps de dresser un bilan. En décembre dernier, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) s’est ainsi prononcée sur le sujet dans un rapport nommé “Usages des réseaux sociaux numériques et santé des adolescents : connaître, évaluer, protéger”. Et clairement, les conclusions ne sont pas tellement rassurantes.   

Une adolescence particulièrement vulnérable 

Rappelons d’abord que l’adolescence est une période de développement marquée par une sensibilité accrue aux interactions sociales, à la validation par les pairs et aux émotions. Et alors même que cette phase de vie expose particulièrement les jeunes aux effets des réseaux sociaux, en raison de capacités encore limitées de régulation émotionnelle et comportementale, les plateformes numériques, elles sont précisément conçues pour capter leur attention. Algorithmes personnalisés, défilement infini ou notifications fréquentes favorisent ainsi une utilisation prolongée et parfois difficile à contrôler. Des mécaniques qui peuvent rendre accro et avoir des conséquences sur la santé mentale des adolescents.  

Un impact avéré sur le sommeil 

Dans le rapport de l’ANSES, les effets néfastes les mieux documentés concernent le sommeil. L’autorité scientifique souligne ainsi que l’usage des réseaux sociaux retarde l’heure d’endormissement, réduit la durée totale de sommeil et perturbe le rythme biologique via l’exposition à la lumière des écrans. Conséquences directes sur les enfants : de la somnolence, de l’irritabilité mais aussi des troubles de l’humeur. Et rappelons aussi, qu’à long terme, un manque chronique de sommeil augmente le risque de troubles mentaux et physiques. 


Image de soi et pression sociale 

En outre, les réseaux sociaux, notamment les plateformes visuelles, jouent un rôle central dans la construction de l’image corporelle. Sur ce point, l’ANSES met en évidence plusieurs mécanismes : des comparaisons sociales constantes, une exposition à des standards de beauté idéalisés et, bien évidemment, l’usage de filtres et retouches. Et encore une fois, les conséquences ne sont pas anodines car associées à une insatisfaction corporelle accrue et à des troubles du comportement alimentaire, en particulier chez les adolescentes. 

Anxiété, dépression et mécanismes en spirale 

Les études analysées dans le document mettent également en évidence un lien entre l’usage des réseaux sociaux et les symptômes anxio-dépressifs. Si ce lien reste complexe et multifactoriel, certains mécanismes permettent toutefois de l’expliquer. En réalité, l’exposition au cyberharcèlement, la comparaison sociale permanente, le FoMO  fear of missing out », ou peur de manquer quelque chose) ou encore les troubles du sommeil vont venir accentuer le stress, fragiliser l’estime de soi ou perturber l’équilibre émotionnel des adolescents… ce qui va contribuer à l’apparition ou à l’aggravation de ces troubles. Risque supplémentaire, l’auto-alimentation de ces mécanismes : un ado en difficulté psychologique peut en effet se tourner davantage vers les réseaux sociaux, ce qui peut accentuer son mal-être.  

Cyberviolences et risques accrus 

D’un autre côté, l’étude juridique 2025 de l’IRJS (Institut de recherche juridique de la Sorbonne) met en lumière l’ampleur des risques liés aux usages en ligne chez les mineurs comme le cyberharcèlement (insultes, moqueries, diffusion d’informations), la diffusion non consentie d’images intimes, la sextorsion et manipulation en ligne, ou encore l’exposition à des contenus violents ou dangereux. Des pratiques qui, évidemment, peuvent avoir des conséquences psychologiques importantes, notamment en termes de stress, d’anxiété ou de dépression. 

Rappelons quand même que tous les adolescents ne sont pas exposés de la même manière avec des groupes plus vulnérables que d’autres. On parle ici des filles qui ont un usage plus intensif et plus émotionnel des réseaux sociaux, des ados, déjà anxieux et dépressifs mais aussi des jeunes LGBTQ+ ou en situation de fragilité sociale. 

Entre bénéfices et risques : un équilibre fragile 

La question n’est pas de diaboliser car les réseaux sociaux, quand ils sont bien utilisés et ce, par des publics suffisamment matures pour y accéder (on rappelle que la règle désormais est d’atteindre l’âge de 15 ans), peuvent contribuer aussi à renforcer les liens sociaux, à permettre l’expression de soi ou encore à soutenir certains adolescents isolés. Pour autant, toutes les données actuelles convergent vers un constat : ils peuvent clairement jouer un rôle sur la santé mentale selon les usages, les contenus regardés et le contexte individuel. Ce que l’on peut en conclure, c’est qu’ils ne peuvent donc plus être considérés comme neutres avec un réel impact sur la santé psychologique quand ils ne sont pas suffisamment encadrés.  

*Baromètre du numérique CREDOC 2025